Jacques Dudon : Erosion Distillée (LP)

ENREGISTREMENTS DE MELODIES DE MONSTER  (2016)

Parution sur le label Monster mélodies  d'un album inédit  de  Jacques  Dudon  « Erosion distillée » dont l'enregistrement date de 1969. 

Un must de la musique psychédélique,  dans une édition de luxe tirée à 1000 exemplaires numérotés, en vinyle couleur, avec  inserts.  

 

Difficile de retracer en quelques lignes le parcours du multi instrumentiste Jacques  Dudon  né en 1951 à Villecresnes. Un musicien atypique qui, après avoir appris seul la maitrise de son premier instrument, une guitare acoustique espagnole appartenant à sa mère, dont il jouait la tête collée contre la caisse pour en percevoir toutes les résonances, commence sa carrière dès 1967 à Dijon au sein de la formation de blues rock le sac Soul.  

Entouré d'un bassiste, d'un joueur d'orgue Hammond et d'un batteur, meneur de la bande,  âgé d'à peine 16 ans, il fait déjà sensation avec sa guitare qu'il a électrifié lui-même et dont il joue à plat sur les genoux.  

Managé par Jean-Claude Pognant (futur manager de Ange et créateur des labels  Caepe  / Arcane / Crypto) qui oblige  Dudon  à prendre le pseudonyme de Ghislain, le groupe encore composé d'étudiants  délaisse l'université pour s'installer à  Meillonas, un petit village dans le département de l'Ain près  de Bourg-en-Bresse, ville du bassiste Bernard  Guyonnet. Après plusieurs changements de batteur, le sac soul devient le sac Ghislain Blues, puis ensuite le sac Blues. 

Décidé à devenir professionnel, les jeunes musiciens répètent de façon intensive avant de tourner dans la région. Gagnant à l'applaudimètre du concours organisé par Rock and Folk à Montbéliard en 1968, le groupe sera invité à jouer son blues électrique au Golf Drouot. Henri  Leproux, le maître des lieux, fasciné par leur prestation, présente Jacques à la fin du concert à Johnny Hallyday. L'idole nationale, qui cherche un guitariste de blues pour l'accompagner, lui propose ensuite, toujours par l'intermédiaire d'Henri  Leproux  de le rejoindre, ce que Jacques déclinera.    

En 1969, Jacques  Dudon  en compagnie d'un nouveau bassiste François Breton et de son dernier batteur Roland  Tuder  décrocher un contrat pour jouer à nouveau au Golf Drouot. La,   les musiciens, baignant sur scène dans les lumières d'un des premier  liquide  show (projection de gélatine), ils ont entre-temps découvert l'acide,  se lancent dans des solos de quarante-cinq minutes complètement psychédéliques, au grand dam d'Henri  Leproux, qui venait de les présenter comme le meilleur groupe de blues français. Le maître des lieux plus habitué à gérer des sets de quinze minutes de Blues-Rock ou  Rythme  et  Bleus  bien cadrés, leur demandera très vite d'arrêter.   

La formation rebaptisée l'Assemblée signe alors avec Odéon un sous-label d'EMI. S'en suivra la parution d'un single en 69 avec un titre phare du psychédélisme français « Le chien »  compilations reprise dans maintes. Un morceau incroyable, mélange d'instruments  joués  en polyrythmie entre la basse, la batterie et la guitare, accompagnée d'une  reïta  arabe.   

Le titre paru dans l'indifférence générale à l'époque devait être suivi d'un album, mais Breton et  Tuder  refusant d'enregistrer pour une multinationale, le projet 33 tours pour EMI est abandonné.    

Roland  Tuder  parti à l'armée en 1969, Jacques  Dudon, resté seul se produit en solo et rassemble des musiciens dont Marcel Bel et Claude Parle pour enregistrer une maquette chez EMI sous son nom. Des titres joués à la guitare en improvisation façon happening qui seront gravés sur acétates. Titres qui a part  Erosion distillée  parue sur la compilation 30 ans d'agitation musicale en France resteront inédits jusqu'à ce jour. 

Après ces tentatives avortées, Jacques  Dudon  poursuivant sa carrière erratique en solo, se produit à diverses occasions. Le folk club Le Bourdon situé à Paris dans le quartier du marais  lui ouvre  souvent  ses portes. Il y croise les futures stars du folk en France : Alan  Stivell, Gabriel  Yacoub, le groupe  Melusine, le violoniste John Wright, la chanteuse Catherine Perrier, les chercheurs  Tran  Quang  Haï  et Philippe  Fromont,  et  les musiciens américains Steve Waring et Roger  le maçon  qui y font là leurs débuts.   

Le groupe  Nous  Gratuit l'invitera pour un morceau au festival d'Amougies. Au festival de Biot ou il joue après Frank Zappa, il fait sensation avec  les effets psychédéliques  produit par sa   guitare et quelques appels durant deux heures. Prestation, malheureusement, entrecoupée par des pannes de générateurs.   

Fils  sonner  system, artisanal mais innovant, est constitué d'un petit ampli bricolé avec des circuits imprimés achetés dans des magasins de radio qu'il dispose en tête à queue avec des composants pour générer des feedbacks (imitant ainsi les premiers synthés analogiques) installation qu' il dispose sur ses genoux avec par-dessus une guitare dont il joue toujours à plat. Auquel s'ajoutent des appeaux dont il se sert avec une chambre d'écho et des pédales de distorsions de sa fabrication. Ajoutant à cela le contrôle des cordes de sa guitare en "glissando" avec différents objets en verre dépoli, bagues, etc. (procédé qu'il fut le premier à pratiquer d'après  Daevid  Allen), jouant aussi l'arrière-corde avec un  goulot  pour mettre en résonance la partie amplifiée de la corde, technique qu'il développera ensuite dans des instruments de son invention dédiés à cette technique comme la  Chandravina, avec des cordes de deux mètres de long.  

Toujours à la recherche de nouveau procédé, il dessinera un luth, instrument qu'il fera fabriquer par le luthier parisien Christian Leroi-Gourhan, dont les frettes sont tordues de façon à ce que toutes les notes reproduisent  une échelle d'intonation juste, selon les  shrutis  indiens (les 22 notes que les indiens utilisent dans leur musique au lieu de nos douze notes) - un instrument qui, plus tard lors de ses pérégrinations dans l'Himalaya, lui permettra de rencontrer son maître de chant.  

Fin 1969, Jacques  Dudon  rejoint le pré-Crium  délire (le groupe des frères  Magal) en compagnie d'excellents il se produit  dans le projet Les Arches de Noé avec la Horde catalytique pour la fin et l'acteur Clémenti, puis participe à l'album psychédélique de Graeme  C'est d'accord,  Une longue distance  cadeau  à partir de  la  devenir. 

En 1970 à Paris, dans le loft de Renard « Fox »  Magal  débarque la  Porc  cultiver. Jacques est immédiatement accepté dans leur tribu. Les Hippies américains viennent d'acheter un deuxième bus pour embarquer toute la bande dans un trip psychédélique partant de Nuremberg à  Katmandou  passant par  la  Bulgarie,  la  Turquie,  l'Iran,  l'Afghanistan, où passant par Kabul ils organisent le premier Kabul Rock Festival en 1970. Arrivés en Inde et au Népal en compagnie de quelques autres musiciens sous le nom d'un des bus de la  Porc  Ferme, le  arc en ciel  réparation  Shop (les Réparateurs d'arcs en ciel), ils se produisent à  Katmandou, Goa, Delhi. Un voyage sur la route riche de toutes les expériences. Mais le climat se gâte pour les hippies.   Les  autorité  lieux,  excédées par ces hordes hirsutes  d'occidentaux, en quête de drogues ou d'illumination spirituelle,  ne cessent de les harceler  tentant de bouchon  leur invasion.  

  Les américains rentrent chez eux et Jacques après neuf mois sans visa à  Katmandou  se fait expulser en Inde. Il séjourne alors à Bénarès puis Madras, Goa, jouant de la musique dans la rue, donnant des cours, réparant des instruments de musique, présentant un numéro avec une marionnette qu'il actionne avec une ficelle attachée à l'archet de son violon, instrument qu'il a appris seul. C'est à Bénarès qu'il rencontre son Maître de chant, le célèbre chanteur Sri  MRGautam,  alors directeur de la section d'art vocal de l'Université  qui l'invitera  à résider  chez lui pour lui  transmettre sa  culture vocale. C'est là,  inspiré par les pâles  d'un  ventilateur de plafond,  qu'il découvrira en 1972, son procédé de synthèse  photosonique... 

Retrouvant ses amis américains  à Goa il remonte ensuite  au Népal à travers les champs de riz pour passer la frontière par une nuit sans lune. Après avoir passé 9 mois dans une ferme de la campagne de  Katmandou,  il connaitra les geôles locales et sera à nouveau expulser en Inde où sans  visa il fera encore de la prison, suite à une proclamation d'Indira Gandhi prétendant qu'il ya deux fléaux en Inde, une misère endémique et les hippies… Un bon moyen pour les autorités de récupérer des devises au moyen de diverses ruses policières en négociant la liberté de jeunes freaks européens et américains marqués par le mirage indien.  

Jacques  Dudon  pris au piège et sans ressources, ne parvint que par miracle,  après de multiples rebondissements, et grâce  à l'aide de son ami Graeme  Alwright, à retourner sain et sauf en France.  

En 1974, séjournant à St-Pons près de Nyons dans la  Drôme avec ses amis voyageurs importants  quelques chèvres, il mènera  pendentif deux ans une vie de jardinier et boulanger.  

À Montélimar il construira un nouvel instrument à 22 notes par octaves accordé selon les  shrutis  indiens, la  dulcevine. 

Il retrouvera François Breton dans l'Aude avant de remonter à nouveau à Paris puis descendre dans le Var, à Nice, enfin  Marseille où après la création de 150 instruments à eau il réalise l'instrument de synthèse  photosonique  conçu 12 ans auparavant en Inde : un instrument de synthèse graphique permettant une génération optique des sons. La synthèse sonore "photosonique" n'utilisant aucun synthétiseur électronique mais la simple lumière, naturelle ou artificielle, traversant les formes dessinées sur des disques transparents en rotation pour venir éclairer une cellule photovoltaïque reliée directement à un amplificateur audio : une sirène, en fait, utilisant au lieu de l'air comprimé, des rayons lumineux, pour les impulsions et des fréquences audibles : idée abandonnée à l'époque faute de pièces qui n'avaient jamais été livrées.  

Le fait de recouvrir partiellement deux ou trois disques en mouvement, associés aux diverses formes dessinées, et de pouvoir filtrer optiquement les rayons lumineux permet de grandes variations dans les formes d'ondes produites et donc de la musique harmonique qui en résulte. Inventant plus de 500 nouveaux instruments, avec ses recherches de systèmes d'intonation, ses articles et son CD "Lumières Audibles" il est reconnu comme un des pionniers des musiques  microtonales.  

En 1979, exécutant entre autres plusieurs pièces de  chandravine  et  dulcevina, autres instruments de son invention, il participe au projet de Richard Weis intitulé Dédicace (qui servira de bandes son au film  défense  réalisé par Alejandro  Jodorowski) en compagnie de Didier Malherbe, Martin Saint pierre, Jean-Philippe  Rykiel  et de nombreux autres artistes internationaux.  

En 1981, continuant de s'investir dans divers projets musicaux, il publie aux éditions alternatives le livre « La musique de l'eau » après avoir élaboré une série de 150  aquaphones  à réaliser soi-même, instruments utilisant l'eau pour produire des sons. Il crée ensuite l'Atelier d'Exploration Harmonique en 1983 à Roquevaire près de Marseille, puis au Thoronet dans le Var où il anime des ateliers  psychoacoustiques, d'initiation à l'Intonation juste, aux relations entre sons et couleurs, de polyrythmies vocales, etc. et crée l'Ensemble de Musique  Microtonale  du Thoronet, et le Festival des "Noces Harmoniques". 

Cette association est maintenant basée à l'Oasis de  Lentiourel  à Saint-Afrique où il anime des stages et organise à nouveau ce festival. 

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L'album Erosion distillée de Jacques  Dudon  que nous publions aujourd'hui proposent les enregistrements de sa période psychédélique en 1969 avant son départ pour l'inde, miraculeusement retrouvé sur deux acétates gravés à l'époque.